3 mars 2024

Esprit Libre

Expression créative et libre

Un bon bol d’art rouennais !  

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La ville de Rouen met en place depuis des décennies des programmes culturels élaborés dans le but d’attirer le public, soutenue en cela par les lobbys culturels locaux. Cependant, qu’en est-il des artistes du cru ? Ont-ils leur place dans ces vastes espaces de diffusion ? Et qui sommes-nous pour critiquer, n’est-ce pas ?

 Cui-cui, notre maire bien-aimé a fait candidater la ville de Rouen pour qu’elle devienne la capitale européenne de la culture en 2028. Ce sésame particulièrement prisé par les édiles des grandes communes apporte notoriété et labellisation, offrant ainsi une opportunité aux professionnels de la culture locale de sublimer l’existence du gloups artistique officiel !

Pour Nicolas Mayer Rossignol, il est vital de faire briller la ville au firmament. Cela pourrait peut-être faire oublier ses déconvenues politiques et relationnelles qu’il a vécues ces 3 dernières années. Détesté par les commerçants et en délicatesse auprès des Rouennais depuis la déclaration de guerre « Z.F.E. » qui perturbe la vie des habitants obligés de changer de véhicules ne répondant plus aux nouvelles normes en vigueur, et déstabilisé par son échec politique au niveau national, N.M.R a-t-il trouvé dans cette candidature un second souffle ?

Il est vrai que la culture a souvent été un atout majeur dans les anciennes campagnes électorales de la ville de Rouen. Cependant, l’insécurité et le réchauffement climatique l’ont relégué au rang de parchemin historique. Il est à souligner que l’adjoint à la tranquillité publique est mieux classé dans la hiérarchie des adjoints que son homologue culturel. Certains pourraient penser que cela n’a que peu d’importance, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde !

Pouvons-nous espérer que cette candidature soit le déclic attendu pour initier une véritable politique culturelle à Rouen, soutenant les artistes locaux, quel que soit leur origine ? Permettez-moi d’en douter !

Les faits, rien que les faits

Notre histoire culturelle regorge d’artistes célèbres sur lesquels les politiques et les influenceurs privés construisent la réputation de Rouen. L’impressionnisme, le postimpressionnisme… Manet par ici, Monet par là. Des nénuphars à la grenouillère, tout se termine par un déjeuner sur l’herbe. Pendant ce temps, la conscience artistique de la génération future se construit selon un autre prisme, en dehors des lieux officiels.

Une communication sur l’art bien fermée !

Alors, comment pouvons-nous nous en rendre compte puisque la ville de Rouen gère sa communication culturelle uniquement en fonction de la qualité des programmations des lieux locaux ? Pour Cui-cui et ses prédécesseurs, tout tourne autour des réseaux municipaux et de la métropole. C’est un beau cadeau de Jack Lang qui a ouvert un jour la voie de la culture politique, ajoutant simplement un nouveau pouvoir aux réseaux d’influence culturelle qui se construisent davantage autour des « tendances » que de la qualité d’un artiste.

Les lieux culturels financés par les contribuables sont présents et développent des programmations souvent pertinentes, cela est indéniable. Il ne s’agit pas, ici, de remettre en cause leur qualité. Seulement la part laissée à l’expression locale est désuète voire reléguée à l’état de faire-valoir.

En effet, le taux de présence des artistes locaux dans l’environnement culturel financé par la ville de Rouen et sa métropole est insignifiant. Bien évidemment, vous avez le 106 et les scènes ouvertes où les groupes ont la possibilité de s’exprimer pour se faire connaître. Mais qu’en est-il des premières parties de concerts ? Au fil du temps et contrairement au projet initial, les premières parties de concerts ont été confiées aux tourneurs. Par conséquent, il est rare de voir des groupes locaux assurer les premières parties au 106. Et que dire du théâtre de la Chapelle Saint-Louis, dont on ne peut que déplorer la sous-exploitation d’un lieu qui fut, il n’y a pas si longtemps encore, le théâtre d’une activité nettement plus dynamique et locale que ce qui nous est présenté aujourd’hui.

« Le soutien aux artistes locaux est-il réellement présent dans le dossier ? L’avez-vous lu ? »

En ce 2 mai 2023, j’ai rencontré Sébastien Bailly, une vieille « connaissance éloignée » du réseau local rouennais. Après un bref échange de banalités, il m’a informé qu’il était en charge du dossier de candidature pour faire de Rouen la capitale européenne de la culture en 2028. Bien sûr, je me suis vanté en lui disant que j’écrivais un article sur le sujet. Et là, il me demande si j’ai lu le dossier.

Le dossier en question…

Selon Sébastien Bailly, le dossier est un document officiel qui annonce ce qui va se passer à Rouen sur le plan culturel si la ville est choisie. Franchement ? (je ris intérieurement) Rien de plus suspect qu’un dossier ! On peut lui faire dire ce que l’on veut, tout promettre dans un dossier. Qui peut affirmer que le simple fait de mentionner le soutien aux artistes locaux dans un dossier signifie qu’ils seront réellement soutenus ? Ce sont les faits qui le prouvent, et non les dossiers. Il y a toujours les avenants qui arrivent au moment de l’exécution d’un projet. Ils éliminent beaucoup d’engagements inscrits dans le dossier. Conclusion : ne faites jamais confiance à quelqu’un qui justifie son engagement pour les artiste locaux en fonction de ce qui est écrit dans un dossier !

Tant que nous continuerons à développer l’action culturelle autour des lieux municipaux et privés contrôlés par la diaspora locale, nous pourrons revendiquer un art spécifique, certes, mais nous ne soutiendrons certainement pas les artistes locaux, qui sont trop souvent relégués au rang de « faire-valoir politique » et qui récoltent, comme d’habitude, les miettes financières.

Frédéric Quillet

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